5. PSAUME
(49 (50), 7ab.8, 13-14, 16bc- 17, 21abc.23ab)
R/ À celui qui veille sur sa conduite,
je ferai voir le salut de Dieu. (cf. 49, 23cd)
« Écoute, mon peuple, je parle ;
Israël, je te prends à témoin.
Je ne t’accuse pas pour tes sacrifices ;
tes holocaustes sont toujours devant moi.
« Vais-je manger la chair des taureaux
et boire le sang des béliers ?
Offre à Dieu le sacrifice d’action de grâce,
accomplis tes vœux envers le Très-Haut.
« Qu’as-tu à réciter mes lois,
à garder mon alliance à la bouche,
toi qui n’aimes pas les reproches
et rejettes loin de toi mes paroles ?
« Voilà ce que tu fais ; garderai-je le silence ?
Penses-tu que je suis comme toi ?
Qui offre le sacrifice d’action de grâce,
celui-là me rend gloire. »
– Parole du Seigneur.
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« Ils disent et ne font pas » (Mt 23, 1-12)
Ta parole, Seigneur, est vérité,
et ta loi, délivrance.
Rejetez tous les crimes que vous avez commis,
faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau.
Ta parole, Seigneur, est vérité,
et ta loi, délivrance. (Ez 18, 31)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples,
et il déclara :
« Les scribes et les pharisiens
enseignent dans la chaire de Moïse.
Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire,
faites-le et observez-le.
Mais n’agissez pas d’après leurs actes,
car ils disent et ne font pas.
Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter,
et ils en chargent les épaules des gens ;
mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens :
ils élargissent leurs phylactères
et rallongent leurs franges ;
ils aiment les places d’honneur dans les dîners,
les sièges d’honneur dans les synagogues
et les salutations sur les places publiques ;
ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi,
car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner,
et vous êtes tous frères.
Ne donnez à personne sur terre le nom de père,
car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux.
Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres,
car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
Qui s’élèvera sera abaissé,
qui s’abaissera sera élevé. »
– Acclamons la Parole de Dieu.
Les affirmations fortes dans la Bible
Dans ce passage, Jésus met en garde ses disciples contre l’usage orgueilleux des titres comme « Rabbi », « maître » ou « Père ». Il critique l’hypocrisie des pharisiens qui cherchent à être estimés supérieurs aux autres, ou se considèrent comme membres d’une élite, recherchant ainsi la gloire humaine plutôt que le service humble à leurs frères.
Est-il donc inapproprié d’appeler un professeur de théologie « maître » ou « docteur » ? Est-il également inapproprié d’appeler un prêtre « Mon Père », comme tant de catholiques le font en France depuis des générations ?
La sagesse chrétienne nous enseigne que, dans la Parole de Dieu, des affirmations fortes doivent être comprises en lien avec l’ensemble des Saintes Écritures. Pour appliquer ce principe aux interdictions de se faire appeler « maître » ou « Père », voyons ce qu’en disent les premiers chrétiens dans d’autres écrits du Nouveau Testament.
Les titres de « père » et de « fils »
Saint Paul dit aux nouveaux chrétiens de Corinthe, aux convertis qu’il avait évangélisés : « Car, dans le Christ, vous pourriez avoir dix mille guides, vous n’avez pas plusieurs pères : par l’annonce de l’Évangile, c’est moi qui vous ai donné la vie dans le Christ Jésus. » (1 Co 4, 15) Paul se présente donc comme un « père » spirituel pour ses disciples, engendrant spirituellement par l’Évangile ce qui semble contredire l’interdiction de Jésus, mais fait découvrir une relation d’autorité bienveillante qui aide les autres à grandir.
Ailleurs, Paul appelle Timothée « mon véritable enfant dans la foi » (1 Tm 1, 2) et dans sa lettre à Philémon, il parle d’Onésime comme de son « enfant à qui (…) j’ai donné la vie dans le Christ » (Phm, 10).
Paul s’adresse aussi aux anciens comme à des « pères » : « Frères et pères (…) » (Ac 22, 1). Dans le Nouveau Testament, le mot grec presbytéros, que l’on traduit par le mot « anciens », peut correspondre à ceux que nous appelons actuellement les prêtres dans l’Église. Et, de fait, dans presque tous les pays, les catholiques appellent les prêtres « pères », suivant cet usage de saint Paul.
Les titres de « maître » et de « docteur/enseignant »
Le Nouveau Testament reconnaît des rôles d’enseignement et d’autorité donnés par le Christ lui-même pour édifier l’Église. En effet, la dernière consigne de Jésus avant de monter au ciel est le commandement de faire de toutes les nations des disciples, et de leur enseigner tout ce qu’ils avaient appris de Jésus. Cela nous aide à nuancer l’interdiction d’être appelé « maître », « rabbin » ou « docteur », en montrant que la fonction d’enseigner peut et doit être vécue comme un service et peut aussi être un don et une mission reçus du Seigneur (cf. Ep 4, 11, ; 1 Tm 2, 7 et 2 Tm 1, 11).
Il semble donc clair que, lorsque Jésus dit à ses disciples de ne pas se faire appeler « Rabbi », « maître » ou « Père », l’Église primitive n’a pas interprété ces paroles comme une interdiction d’utiliser les titres en soi, ni d’exercer ces fonctions.
Et il se peut que certains d’entre nous soient appelés par Dieu à exercer un service d’enseignement, ou une mission paternelle ou maternelle pour le bien de personnes que Dieu nous confie pour un temps. Si nous avons reçu cet appel et ce don, il est bon de l’exercer, selon l’esprit du Christ, en nous souvenant de l’avertissement de saint Jacques : « Ne soyez pas nombreux à devenir des maîtres : comme vous le savez, nous qui enseignons, nous serons jugés plus sévèrement. » (Jc 3, 1)
Ce que Jésus veut nous interdire
Nous devons alors nous demander : « Que nous interdit Jésus en disant de ne pas rechercher le titre de « Rabbi », « maître » ou « Père » ? » Cela nous renvoie au début de ce passage d’Évangile, dans lequel Jésus nous demande de ne pas imiter des attitudes et comportements égocentriques que l’on observait chez plusieurs pharisiens : « ils disent et ne font pas » : ils sont exigeants envers les autres et ne font eux-mêmes aucun effort ; ils cherchent à être admirés par les autres ; ils recherchent les privilèges et les honneurs ; et, dans cet esprit, ils recherchent aussi les titres d’honneur.
L’attitude et le comportement de Jésus étaient à l’opposé : il vivait ce qu’il enseignait, était plus exigeant envers lui-même qu’envers les autres, cherchait à guérir et accomplir le bien en toute discrétion, ne recherchait aucun privilège et vivait avec simplicité. Il ne cherchait pas à exposer ses titres de gloire, en tant que Fils éternel du Père, Messie et Sauveur universel. Il accomplissait les rôles que Dieu le Père lui avait confiés, sans rechercher la gloire associée aux titres d’honneur.
Et nous, adoptons-nous les mêmes attitudes et les mêmes comportements que Jésus ?